L’illusion du profil unique chez les agresseurs sexuels

Ce texte vulgarise les résultats d'un projet de recherche sur la récidive des agresseurs sexuels que j'ai réalisé sous la supervision de Jonathan James, professeur à l'UQTR. Ce texte démontre que les causes de récidive varient selon le profil clinique de l’individu (sadique, colérique ou opportuniste), soulignant l’importance de nuancer les évaluations pour mieux prévenir les risques.

L’illusion du profil unique chez les agresseurs sexuels

Mettre tout le monde dans le même bateau, c’est le piège dans lequel on tombe souvent lorsqu’on tente de comprendre les auteurs d’agressions sexuelles. Sur papier, le crime est le même, mais dans la tête des agresseurs, c’est un tout autre monde. Bien qu’il existe des programmes de traitements spécifiques aux délinquants sexuels, leurs taux de récidive restent élevés. Cela suggère qu’un traitement général n’est pas efficace pour tous et que les éléments qui les poussent à récidiver varient d’un agresseur à un autre.

Jouons à un jeu. Imaginez que vous tenez trois étiquettes dans vos mains. La première indique « Agresseur sadique », la deuxième « Agresseur colérique » et la troisième

« Agresseur opportuniste ». Trois hommes se tiennent devant vous. Ils sont tous les trois des agresseurs sexuels de femmes adultes. Votre tâche est d’associer la bonne étiquette au bon agresseur à partir des descriptions suivantes. Vous êtes prêt? C’est parti.

Le premier homme a soigneusement planifié son acte pour assouvir un fantasme sadique et il a été beaucoup plus violent que nécessaire pour maîtriser sa victime. La présence d’antécédents criminels, la dépendance à l’alcool, les troubles de personnalité antisociale, évitante et dépendante ainsi que l’hostilité envers les femmes et envers le système sont des caractéristiques associées à la récidive criminelle chez lui. Si vous lui avez donné l’étiquette d’agresseur sadique, félicitations, vous avez la bonne réponse.

Le deuxième homme a agi pour extérioriser une colère intense et incontrôlée. Il n’a rien planifié et il a, lui aussi, maîtrisé sa victime avec un niveau de violence exagéré. Chez lui, la récidive criminelle est associée à l’exposition à de la violence physique durant l’enfance, à la dépendance à l’alcool et à la drogue, ainsi qu’aux troubles de personnalité schizoïde, antisociale, évitante et impulsive. Vous devriez avoir apposé à cet homme l’étiquette d’agresseur colérique.

Si vous avez bien suivi jusqu’ici, il ne reste plus que l’étiquette d’opportuniste à appliquer au troisième homme. Celui-ci a agi sous l’impulsion, sans trop réfléchir, pour satisfaire sa pulsion sexuelle. Contrairement aux deux autres, il a utilisé le niveau de violence minimum nécessaire pour contrôler sa victime. La présence d’antécédents criminels, l’expérience

L’illusion du profil unique chez les agresseurs sexuels

de violence psychologique durant l’enfance, la dépendance à la drogue et le trouble de personnalité antisociale sont des caractéristiques associées à la récidive criminelle chez lui.

Du jeu à la réalité

Ce jeu montre que, même si ces trois hommes appartiennent à la même catégorie de criminels, soit celle des agresseurs sexuels, leur motivation et leur manière de procéder diffèrent grandement. D’ailleurs, les étiquettes que vous leur avez apposées ne sortent pas de nulle part. Elles représentent trois types d’agresseurs sexuels de femmes adultes identifiés dans la plus récente version du Massachusetts Treatment Center's rapists typology, développée par Raymond A. Knight en 2010. Pourtant, même si on sait qu’il existe divers profils, les études antérieures sur la récidive des agresseurs sexuels n’ont pas considéré ces nuances. C’est ce qui a motivé un projet de recherche réalisé par Rosalie Landry, étudiante, en collaboration avec Jonathan James, professeur à l’Université du Québec à Trois-Rivières. L’objectif était d’identifier les caractéristiques développementales et psychopathologiques associées à la récidive criminelle des agresseurs sexuels de femmes adultes en tenant compte des différents types d’agresseurs.

Comme vous avez pu le remarquer dans le jeu des étiquettes, les caractéristiques associées à la récidive criminelle variaient pour chaque homme. Les résultats de cette recherche soutiennent donc l’idée que le chemin menant à la récidive n’est pas le même pour tous les agresseurs sexuels de femmes adultes. Intégrer ces différents profils dans la compréhension de leur récidive criminelle est-il le premier pas vers une meilleure évaluation de leur risque de récidive? Seules de futures études détiennent la réponse.

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